La beauté de Lindis Pass

Le ciel est chargé ce jour là quand nous quittons notre campement sauvage situé quelques km au nord de Cromwell.

Nous plions la tente en vitesse afin d’éviter la pluie et avalons quelques biscuits, puis reprenons la route en direction de Tekapo. J’ai encore quelques brûlures d’estomac à cause de la gastrite qui me fait souffrir depuis 15 jours, et je somnole dans la voiture.

En arrivant à Lindis pass, Hamish me réveille. “Tu devrais regarder le paysage !”

J’ouvre les yeux, lentement. Depuis la route, les montagnes dénudées dessinent un paysage austère mais d’une beauté immense.

La route SH8 est l’une des plus élevées de Nouvelle Zélande : elle culmine à 971 mètres. Le premier européen à avoir traversé ce col est l’explorateur John Turnbull Thomson, en 1857. Il donna à l’endroit le nom de sa terre natale : l’île de Lindisfarne située au nord-est de l’Angleterre.

Nous nous arrêtons à l’endroit le plus haut (Lindis pass summit), où se trouvent deux points d’observation offrant des vues superbes sur les montagnes fauves. En cette fin d’été, l’herbe brunâtre qui tapisse les pentes douces prend des reflets cuivrés avec la lumière matinale. On peut facilement enjamber la clôture depuis l’un des deux points d’observation pour aller encore plus haut — je recommande. Après une demi-heure de marche, le panorama qui s’offre à nous est absolument incroyable.

Des montagnes coiffées de touffes d’herbe – le tussock – se dressent de part et d’autre de la petite route qui serpente à travers le fond de la vallée. Je m’arrête toutes les cinq minutes dans la montée et me retourne pour prendre une photo. La lumière est irréelle ! Les montagnes sont si nues et lisses qu’elles créent un effet velours, ce qui vous fait penser : “Bien sûr, je peux grimper au sommet de cette montagne, c’est facile !” Mais arrivés à mi-chemin, la pente s’accentue brutalement et la balade se transforme en escalade (attention pour ceux qui comme moi ont le vertige…). Je m’accroche aux touffes d’herbe, je longe la clôture à la semi-verticale en me demandant bien pourquoi et surtout comment des fermiers ont pu la poser à cet endroit.

Fondée en 1976, Lindis pass fut l’une des premières réserves de tussock en Nouvelle-Zélande.

Cette plante qui pousse en touffes compactes est endémique de la Nouvelle-Zélande. On la retrouve un peu partout à l’état sauvage dans les grands territoires centraux de l’île du Sud, notamment les plaines sèches de l’Otago et la région sud Canterbury.

On peut y voir différentes espèces qu’un novice comme moi distinguera surtout par leur couleur ; par endroit la montagne prend une belle couleur dorée en raison de l’abondance de Chionochloa rigida (également appelé tussock des neiges) ou se teinte de rouge avec la Chionochloa rubra (tussock rouge). Dans les zones humides, le sol prend des reflets argentés et verdâtres là où se trouve la Poa cita.

Parmi les différentes variétés de Tussock, le tussock rouge reste sans doute le plus attrayant. Ils peuvent vivre des centaines d’années parce qu’ils se régénèrent continuellement sur leur propre matière morte accumulée. Il y a toujours de nouvelles talles (pousses de plantes) initiées où la croissance a lieu à la base du tussock. Un motoculteur peut avoir sept ou huit feuilles et quand il est assez grand, il envoie une tige florifère et meurt après que la graine soit versée, ajoutant à la biomasse morte du tussock. Par le renouvellement des talles anciennes et nouvelles et l’accumulation de biomasse, chaque butée crée son propre milieu de vie.

Les possibilités de loisirs ici ont grandi ces dernières années, allant de la randonnée pédestre au circuit VTT. La réserve n’offre cependant pas d’hébergement touristique mis à part un campsite basé sur les ruines d’un ancien hôtel, du côté de Lindis Valley. Pour le reste, il s’agit principalement d’un col que l’on franchit en voiture (ou à vélo pour les plus courageux). Cernée par les montagnes, la route serpente entre Cromwell et Omarama sur environ 60 km.

Marjolaine

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